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Accord européen sur la réforme du secteur du vin
BRUXELLES (Reuters) 19.12.07 | 16h10 - L'Union européenne a adopté mercredi une réforme de sa viticulture pour l'adapter à la concurrence des vins du Nouveau Monde après une négociation qui a considérablement limité les ambitions initiales.
Les ministres de l'Agriculture des Vingt-Sept sont parvenus à un accord à la majorité qualifiée, contre le Danemark et Malte, qui entrera en vigueur pour les vendanges de 2009.
"La réforme a pour but de reconquérir des parts de marché", a déclaré le ministre portugais, Jaime Silva, dont le pays préside pour l'instant l'Union européenne. "Nous ne devons pas avoir peur de concurrencer les vins du Nouveau Monde."
Les pays producteurs ont toutefois réussi à préserver certaines pratiques critiquables, comme l'ajout de sucre pour augmenter le degré d'alcool (chaptalisation), ou, pour de longues années encore, la distillation des excédents.
La France, qui réalise grâce aux exportations de vin un excédent commercial de 7 milliards d'euros par an - l'équivalent de 120 Airbus A320 -, s'est alliée avec l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, la Grèce et le Portugal pour y parvenir.
"Nous nous sommes battus pour préserver les outils de régulation", a expliqué le ministre français de l'Agriculture, Michel Barnier, tandis que la Commission européenne reconnaissait avoir dû mettre de l'eau dans son vin.
"Ce n'est pas exactement ce que je voulais", a admis la commissaire à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel, tout en estimant que le résultat final était "décent".
2,4 MILLIONS D'EXPLOITATIONS VINICOLES
La Commission avait pourtant placé la barre très haut pour réformer le fonctionnement d'un marché qui absorbe chaque année 1,3 milliard d'euros du budget européen, dont 800 millions uniquement pour distiller en alcool les excédents de vin.
Cet argent, ont-ils dit, serait mieux utilisé pour améliorer le vin européen qui est de plus en plus délaissé par les consommateurs de l'UE au profit des importations.
L'UE compte plus de 2,4 millions d'exploitations vinicoles sur une superficie de 3,6 millions d'hectares mais la consommation de vins européens ne cesse de décroître malgré l'augmentation des ventes de vin de qualité.
Ces dix dernières années, les importations ont augmenté de 10% par an alors que les exportations progressaient très peu.
L'exécutif européen a donc proposé en juillet un changement radical: dès l'entrée en vigueur de la réforme, en 2009, les distillations en alcool devaient cesser, la chaptalisation serait interdite et des arrachages massifs seraient imposés.
A l'arrivée, le résultat est beaucoup plus modeste.
A partir de 2009, 175.000 hectares de vignoble, contre le chiffre de 400.000 hectares initialement proposé, devront être arrachés sur trois ans pour éliminer les vins de mauvaise qualité en échange de primes très généreuses.
Des garde-fous ont cependant été prévus à la demande de pays comme la France, qui craignent la désertification de régions entières manquant d'alternatives.
Les Etats membres pourront ainsi mettre fin aux arrachages s'ils dépassent 10% de la superficie d'une région - voire les interdire en montagne - ou 8% à l'échelle d'un pays.
RESPONSABILISER LES ÉTATS MEMBRES
Le noeud du problème était la chaptalisation, dont 20 Etats membres où le soleil n'est pas très généreux, comme l'Allemagne, le Luxembourg ou la Hongrie, exigeaient le maintien alors que les pays du Sud, privilégiés, souhaitaient sa disparition.
Finalement, cette pratique restera autorisée mais dans la limite d'un enrichissement maximal de 3 degrés d'alcool à terme, voire à 3,5% en cas de circonstances exceptionnelles.
L'Allemagne a en outre obtenu que l'ajout de sucre ne soit pas mentionné sur l'étiquette des bouteilles.
En échange, les pays du Sud ont obtenu le maintien pendant quatre ans des distillations de crise en cas de récolte particulièrement abondantes, voire au-delà en cas de situation exceptionnellement tendue à cause d'une récolte abondante.
Les Etats membres seront toutefois "responsabilisés", puisque le budget européen sera transféré dans des enveloppes nationales: s'ils font beaucoup de distillations, il leur restera moins d'argent pour d'autres mesures, comme la promotion l'innovation ou la reconversion du vignoble.
A budget constant, soit 1,3 milliard d'euros en 2015, l'Espagne disposera d'une enveloppe de 399 millions d'euros, l'Italie de 376 millions et la France de 316 millions.
La Commission a également dû lâcher du lest sur les droits de plantation, qui sont actuellement sévèrement encadrés et qu'elle voulait libéraliser en 2013 pour permettre aux viticulteurs compétitifs d'étendre leur exploitation.
Cette libéralisation, à laquelle la France était opposée, aura finalement lieu en 2015, mais les Etats membres pourront maintenir les restrictions actuelles jusqu'en 2018.
L'étiquetage sera simplifié: les vins de table pourront aussi comporter une mention de la variété et du millésime afin de s'aligner sur les vins australiens ou américains, ce qui tend à effacer quelque peu la différence avec les vins de qualité.